« La balle est dans son camp »

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Pierre-Marie Geronimi a fait, au nom du conseil d’administration du SCB, une offre à Frédéric Hantz pour un nouveau contrat de deux ans. En posant certaines conditions et lui demandant de se déterminer avant le 15 avril. Par-delà cette info, le président revient sur tout ce qui fait l’actualité du SCB.

Interview de Pierre-Marie Geronimi publiée dans le supplément de Corse -Matin «  CM Foot », ce jeudi 3 avril 2014.

Commençons par ce qui reste d’actualité : le dernier match à Rennes. Quelle réflexion vous a-t-il inspiré ?

Encore une fois nous avons voulu croire, à travers la prestation livrée face à Reims, que nous étions en capacité à enchaîner positivement et à entamer, pourquoi pas, un cycle de performances intéressantes. Au lieu de quoi nous sommes retombés dans des travers qui me laissent à penser que le mal est profond concernant notre approche psychique des matches hors de Furiani. Il est clair ainsi que nous avons eu cette saison un rendement notoirement insuffisant à l’extérieur.

N’avez-vous pas le sentiment que cette situation, très irritante pour les supporters, contribue largement à l’image brouillée que ces derniers ont de leur équipe, cette saison?

Absolument. La répétition de prestations très décevantes en déplacement et le fait que nous n’ayons pas été en mesure d’accrocher une seule des équipes les plus en vue de ce championnat, tendent à fausser le jugement d’ensemble de nos supporters.C’est un peu l’arbre qui cache « malencontreusement » la forêt, pour prendre l’expression dans le sens opposé de celui qu’elle a habituellement. Ici, c’est l’arbre moche qui dissimule la forêt plutôt belle.

Il faut donc en déduire que cette saison est, à vos yeux, positive…

Je vais être clair sur ce point : oui. J’aurai signé des deux mains qui l’on m’avait dit, cet été, que nous serions 10e début avril, avec un calendrier de nature à qualifier de très raisonnable notre ambition de terminer dans le top 10.Et je signerais chaque été, si cette proposition m’était faite. Maintenant, je ne refuse pas non plus de voir la réalité en face : nous n’avons pas fait vibrer les foules depuis l’ouverture de cet exercice ! C’est pourquoi il m’arrive fréquemment de parler de « saison paradoxale ».

Le paradoxe étant que le spectacle offert par le SCB n’est pas en adéquation avec le confort qu’évoque sa situation comptable…

C’est exactement ça. Nous occupons un rang que beaucoup d’équipes nous envient, qui correspond au seuil «haut» de ce que nous pouvons espérer compte tenu de nos moyens, mais… nous n’avons jamais fait se lever nos partisans d’enthousiasme, j’en suis bien conscient. Nous n’avons pas signé d’exploit, n’avons même pas livré un match référence et nous ne sommes pas allés bien loin dans les deux Coupes. C’est un fait incontournable.Le constat est le suivant : on a su engranger suffisamment tôt les points nécessaires pour ne pas être sous pression comme on l’a été la saison dernière, mais qu’on n’a pas su faire rêver ! En résumé, on a fait le job sans éclat.

Vous admettrez qu’au regard du recrutement effectué, le public était en droit d’attendre mieux que ça…

Pour pérenniser notre présence en L1, nous avons fait le choix de l’expérience au niveau du recrutement. L’équipe a donc été en capacité à mieux négocier certains matches pièges, au moins pour ce qui est du résultat. D’une certaine façon, elle a donc été plus pragmatique. Et cela s’est ressenti aussi dans la manière puisqu’il y a eu moins de fantaisie, moins de folie. Mais je pose à mon tour une question : vaut-il mieux, aujourd’hui, être dans la situation de Bastia ou dans celle d’Evian? Comme l’a justement fait remarquer Pascal Dupraz, son équipe a régalé le public en battant le PSGà Monaco… mais elle n’est pas assurée, à ce jour, d’évoluer en L1 la saison prochaine !

Le décalage semble évidemment entre le ressenti à l’intérieur du club concernant la teneur de cet exercice, et les jugements portés sur elle à l’extérieur. Pour preuve : certaines manifestations de mécontentement de ces dernières semaines…

Je suppose que vous voulez parler de la banderole qui a été déployée en tribune Est lors de la venue de Reims.

Oui, mais pas seulement. Il y a également eu le communiqué de Bastia 1905 avant ce même match. Sans parler de tout ce qu’on peut lire sur les forums et autres réseaux sociaux…

Effectivement, nous avons le sentiment, au club, que le public ne retient parfois que le négatif. Outre le fait que notre équipe fanion compte 40 points après 31 journées, notre réserve se comporte très bien en CFA2 et nos juniors vont disputer les quarts de finale de la Coupe Gambardella. Sans parler du fonctionnement général du club qui ne cesse de s’améliorer dans tous les domaines, preuve que le SCBgrandit bien. C’est aussi un élément à prendre en compte dans le bilan qu’il faudra tirer de cet exercice.

En clair : les supporters sont trop exigeants!

Ils le sont partout, et dans le Sud plus particulièrement.Encore que le phénomène se généralise, comme on pu le constater dimanche à Lille. Le LOSC est 3e et il a été sifflé simplement du fait qu’il ne parvenait pas à se défaire de Guingamp! Parce qu’ils sont passionnés, les supporters veulent toujours le meilleur pour leur club. Être exigeant n’est pas un défaut de la part d’un fan, s’il sait toutefois être réaliste, s’il reste lucide quant aux capacités générales de son club. On peut être ambitieux mais rester raisonnable en ne lui demandant pas plus qu’il ne peut vous donner.

Si je reviens à nouveau au recrutement, c’est parce qu’il a contribué à « enflammer » les supporters, à les faire rêver sans doute plus que raison. Or, il y a eu des ratés…

C’est incontestable.Mais quel club au monde peut se prévaloir de ne commettre aucune erreur quand il lui faut recruter une douzaine de joueurs, comme ça a été le cas du Sporting cette saison? Qu’il y ait une, deux voire trois déceptions dans le lot, ne nous a donc pas empêchés de réaliser un parcours qui fait aujourd’hui de nous le 10e de L1.Si on extrait le PSG et Monaco pour la simple et bonne raison qu’ils n’appartiennent pas à notre monde financièrement parlant,Bastia est donc 8e du championnat des «clubs normaux». Alors certes, certains joueurs n’ont pas répondu à notre attente mais notre recrutement a quand même été, globalement, validé par la position que nous occupons à ce jour.

Revenons à la banderole du 22 mars…

Elle nous a étonnés, nous dirigeants. Et elle a heurté certains joueurs, comme ça peut se comprendre. Ils ont forcément été surpris par son contenu mais aussi le timing de cette action. Mener 2-0 contre Reims (équipe de la première moitié de tableau) en jouant plutôt bien, et voir un tel message leur être soudainement délivré de la sorte, avait en effet de quoi vous déconcerter. C’était assez anachronique.

En avez-vous parlé avec ses responsables?

Évidemment. Quand nous étions au fond du trou, nous avons fait le choix de reconstruire ce club en étroite collaboration avec les supporters. Nous avons tenu cette ligne de conduite, avons respecté certaines de leurs positions, satisfait à certaines de leurs demandes. Nous avons beaucoup de respect pour Bastia 1905 mais avons été dans l’obligation de leur dire que cette initiative-ci ne s’imposait aucunement. Nous n’aurions évidemment pas été surpris de la sorte si l’équipe était relégable et si c’est le péril d’une relégation qui avait poussé nos supporters à pointer du doigt nos « erreurs », à les dénoncer. Mais là…

Quels ont été leurs arguments?

À leurs yeux, cette banderole se voulait « préventive ».Une piqûre de rappel selon eux. Ceci dit, on s’est expliqué et l’important est que le dialogue ne soit pas rompu. Je considère que l’incident est comparable à ces divergences de vue qui en viennent ponctuellement à surgir dans un ménage. Il peut y avoir désaccord sur un sujet sans qu’il y ait remise en cause de la relation, sans que la confiance réciproque soit entamée au sein du couple. C’est d’autant plus le cas que, malgré cette banderole, le soutien habituel a été apporté à l’équipe, lors de ce match face à Reims, il faut le dire aussi.

En sens inverse, d’aucuns ont pu s’étonner de celui publiquement apporté à Djibril Cissé par voie de communiqué. Une première dans l’Histoire du club…

C’est vrai, mais c’est aussi parce que la position du joueur est inédite en ce sens qu’il n’est pas arrêté d’un point de vue médical, mais s’entraîne en situation de souffrance physique.Le club a donc jugé qu’il était de son devoir de le soutenir publiquement. De surcroît, cela permettait d’expliquer à nos supporters pourquoi Djibril n’est pas encore en mesure de répondre à leurs attentes.A son grand regret. Par ailleurs, le club apportera son soutien à tous les joueurs qui en viendraient à souffrir de critiques trop virulentes, même si nous savons qu’elles ne sont généralement le fait que d’une minorité de spectateurs.

Venons-en à… l’avenir. Lequel est, à travers les grandes orientations du club (y compris et surtout en matière de recrutement) conditionné à la situation de Frédéric Hantz. Dans la mesure où il a lui même communiqué sur le sujet à la veille du match à Rennes, avez-vous des précisions à apporter sur l’avancée de vos discussions avec lui?

Notre coach a fait le choix d’évoquer le sujet samedi dernier parce qu’il est très pointilleux en terme de communication, et entend ne pas laisser certaines informations erronées circuler sans réagir**. Aujourd’hui, je peux moi-même exposer la position du club qui est très claire : nous avons officiellement proposé à Frédéric Hantz un nouveau contrat d’une durée de deux ans. En posant certaines conditions et surtout, en lui demandant de se positionner sur notre offre, au plus tard le 15 avril.Nous ne pouvons décemment attendre plus longtemps sachant que l’entraîneur exerce, au SCB, un important pouvoir décisionnaire quant à la politique sportive à mettre en œuvre. D’ici à 12 jours, il faudra que Fred nous dise si poursuivre l’aventure avec nous le tente, ou pas.

Vous parlez de « conditions ». Votre proposition prévoirait-elle une révision à la baisse de ses prérogatives?

Absolument pas. Il n’est nullement question de restreindre son champ de compétences au sein du club. La discussion doit uniquement porter sur la composition du staff en ce sens que notre conseil d’administration ne souhaite pas prolonger le contrat de tous les membres de celui-ci. Par souci d’économie d’une part (à travers la suppression d’un poste d’adjoint) et parce qu’il nous apparaît souhaitable d’apporter un peu de sang neuf au sein de l’encadrement technique. Tout ceci lui a été précisé et, suivant l’expression consacrée, la balle est donc désormais dans son camp.

Et si un accord venait à ne pas être trouvé avant le 15 avril?

Nos responsabilités nous conduiraient à prendre les dispositions qui s’imposent pour assurer la pérennité du club, dans la mesure où l’entraîneur est, dans notre mode de fonctionnement, une pierre angulaire. Compte tenu du nombre important de joueurs qui vont nous quitter, il y a des orientations à prendre sans plus tarder au niveau du recrutement… même si des pistes dont déjà été ouvertes à partir des profils définis. Or, il faut savoir que notre marge d’erreur sera réduite par la baisse de droits télé que nous percevrons. Par rapport à la saison dernière, ce sont entre 750 000 et un milieu d’euros de moins, dont nous disposerons.

Tous les joueurs en fin de contrat seront-ils forcément partants?

Non, pas obligatoirement.Mais, là encore, il s’agit de décisions qui ne peuvent se prendre qu’en concertation avec l’entraîneur. Et nous en revenons à notre volonté d’être fixés au plus tard le 15 avril.

La situation de Yannick Cahuzac n’est pas subordonnée, elle, à la décision de Frédéric Hantz de rester ou pas…

Absolument pas. Son cas est réglé. Nous lui avons proposé un contrat de 4 ans dont il a accepté et validé les termes. Partant de là, la signature du document par elle-même ne prendra que cinq minutes.Le sujet ne mérite même plus d’être abordé. Pour la simple et bonne raison que Yannick est la figure de proue de notre projet « A Corsica vince ».

 

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