Hommage à Ilja Pantelic

C’est avec tristesse que les dirigeants, employés et supporters du SCB ont appris aujourd’hui le rappel à Dieu du légendaire gardien de but serbe Ilja Pantelic, qui porta les couleurs de notre club entre 1971 et 1974.

Au sommet du football européen

Né le 4 Août 1942 à Novi Sad dans la province de Vojvodine, Ilja Pantelic se révèle rapidement comme un portier athlétique (1m85 pour à peu près le même nombre de kilos) et très talentueux. International à partir de 1964, il remporte sous les couleurs de Novi Sad le titre historique de champion de Yougoslavie 1966.

En 1968, il fait partie de l’épopée yougoslave au Championnat d’Europe des Nations qui se déroule en Italie. Après avoir sorti l’Angleterre en ½ finale, grâce à un certain Dragan Dzajic face à la légende anglaise Gordon Banks, Ilja Pantelic ne s’incline en finale contre le pays organisateur qu’au terme d’un match d’appui perdu 2-0 au Stadio Olimpico de Rome (la première finale ayant abouti à un score de parité 1-1 avec un nouveau but de Dzajic).

Arrivée en France et signature à Bastia

En 1969, le Président de l’OM et patron de l’hebdomadaire « But », Marcel Leclerc, réussit à faire venir en France le prodige des Balkans. L’OM étant fortement limité à propos du quota sur les étrangers, Pantelic est prêté en Division 2 au Paris-Neuilly avant de rejoindre la cité phocéenne pour la saison 1970-1971. Hélas pour lui, Ilja ne dispute que 2 matches sous les couleurs olympiennes et ne peut donc savourer le titre de champion de France.

C’est le moment que choisit Jules Filippi, pour réussir le premier gros coup d’une longue série qui conduira à Bastia des joueurs du calibre de Neumann, Risjbergen, Dzajic, Rep et autres Milla et Tarantini, pour ne citer que les plus connus. Dès les premiers entrainements et les premiers matches, le public bastiais est conquis, comme en témoigne avec classe son prédécesseur dans les cages bleues, Paul Orsatti : « Lorsqu’à l’intersaison 1970-1971 j’ai dû quitter le Sporting où j’avais tout connu, j’étais très malheureux. Mais quand j’ai vu le niveau incroyable de celui qui était venu me succéder, ça m’a mis beaucoup de baume au cœur. Tout simplement parce que Pantelic était alors l’un des tous meilleurs gardiens du monde et même l’un des plus grands de toute l’histoire du football avec Yachine ». 

1971-1974 : un phénomène sous le maillot turchinu

02-Ilija PANTELIC

Ce qui frappe tout d’abord ses coéquipiers, c’est tout d’abord les qualités techniques et physiques hors du commun de leur dernier rempart : « C’est simple, Ilja était un « mastodonte » qui n’avait aucun point faible : s’il excellait sur sa ligne et dans les airs, il était incroyable dans les sorties dans les pieds où sa vitesse et son intrépidité finissaient par dégouter les terreurs des surfaces telles que Carlos Bianchi ou Delio Onnis » se souvient avec émotion son ami Antoine Belloni, alors journaliste attitré du Sporting pour le quotidien « Corse-Matin ».

Autre élément particulièrement singulier et qui contribua à forger son mythe, sa haine absolue de la défaite : « Panto », comme tout le monde l’appelait, avait stupéfié tout le monde car il était le seul gardien de tout le championnat et certainement de toute l’histoire du club, a avoir toujours refusé de s’échauffer devant les cages. Ne supportant pas en effet d’encaisser le moindre but, même de ses coéquipiers, il s’échauffait donc carrément au milieu du terrain ! Et c’était pareil aux entrainements : Georges Calmettes racontait volontiers qu’il courait après ses coéquipiers qui avaient pu le tromper avec de trop de facilité ou de régularité ! ».

Pour sa première année sous le maillot du SECB, les résultats ont immédiatement été au rendez-vous  puisque le club assure non seulement son maintien à une honorable 9e place mais effectue un superbe parcours en Coupe de France, qui est resté gravé dans la mémoire collective des Corses : « Lors de la ½ finale retour à Lens, Pantelic a été héroïque à tous les sens du terme. Bombardé de projectiles et de pétards durant toute la rencontre par les supporters locaux revanchards, il n’a concédé le second but qu’à la faveur d’un nuage de fumée épouvantable qui aujourd’hui ferait fuir n’importe quel goal et provoquerait la suspension automatique de la rencontre» poursuit Belloni.

Grâce à son portier, le Sporting tient le choc et s’ouvre ainsi en grand les portes de la finale avec un derby méditerranéen de feu contre l’OM, pour l’inauguration du Parc des Princes. Ce soir là, il ne peut rien contre son compatriote Josip Skoblar (défaite 1-2) mais ce n’est que partie remise car quelques semaines plus tard, lors du Challenge des champions 1972 qui se dispute au stade Bon-Rencontre de Toulon devant 10.000 personnes dont de nombreux Corses déchainés, le Sporting se venge avec panache de l’OM en remportant sur le score de 2-0, son premier trophée au plus haut niveau.

bastia1972

Un tempérament de feu

Véritable force de la nature, Pantelic était un homme qui prenait ses responsabilités. N’hésitant pas à se heurter au coach Pierre Cahuzac dont il n’appréciait guère les entrainements spécifiques ou à donner son avis sur le recrutement, comme lors d’un match de l’avant-saison 1973 où il avait milité avec conviction pour que le club conserve un autre phénomène, allemand cette fois, en la personne de Paul-Ferdinand Heidkamp : « Cela était d’autant plus remarquable qu’Heidkamp était en balance lors de ce match avec un autre yougoslave. A l’issue de la rencontre Ilja est allé trouver « Cahu » pour lui dire : « Mon compatriote est bon, mais celui aux cheveux rouges est bien meilleur ! ». Ca a été le début d’une belle amitié entre ces deux surdoués du football, pour le plus grand profit du SECB».

C’est finalement à l’issue de cette saison 1973-1974 et au terme de 3 saisons bien remplies du côté de Furiani qu’Ilja, qui rêvait depuis longtemps de vivre à Paris, ne peut résister au pont d’or que lui proposa alors le couturier Daniel Hechter, président du tout jeune et ambitieux PSG. Ainsi s’achevait l’aventure bastiaise d’Ilja Pantelic, mais pas son histoire avec le SECB.

Un face à face d’anthologie devant la tribune Est

Le 5 Décembre 1977 eut lieu à Furiani un incroyable « mano a mano » qui a non seulement marqué les spectateurs présents, mais a bel et bien traversé les décennies et plusieurs générations de supporters. Ce soir là, le prodige serbe Dragan Dzajic qui effectuait sa deuxième saison sous le maillot bleu, défia littéralement son compatriote de Vojvodine, Ilja Pantelic, qui disputait son dernier tour de piste au PSG.

Le supplice commença lors de 3 corners consécutifs devant la tribune Ouest entre la 15e et la 16e minute. Avec son diabolique pied gauche et grâce au lift incroyable qu’il donnait à ses ballons, Dzajic contraignit « Panto » à 3 dégagements des deux poings successifs : « Ilja ne prenait aucun risque parce qu’il craignait plus que tout que Dragan lui inflige un corner direct. Mais c’est avec toutes les peines du monde qu’il réussissait à reculer l’échéance, tant ce que réalisait Dzajic était extraordinaire ». Quelques minutes après, une nouvelle série de 4 corners successifs tirés depuis la droite -et donc côté sortant pour un gaucher- faisait hurler de bonheur les 7000 supporters de Furiani. La mi-temps était atteinte sur le score de 3-0 pour le Sporting mais le spectacle allait redoubler d’intensité en seconde période.

C’est finalement devant la tribune Est que l’attaquant Dragan fit mettre un genou à terre au gardien. Sous les ovations, à partir de la 83e minute l’homme de Belgrade frappa pas moins de 5 corners de l’extérieur du pied, tantôt au premier, tantôt au second poteau. A chaque fois Pantelic boxait en faisant signe que « Non » il n’y arriverait pas.

Jusqu’à la 86e minute où à la réception d’une énième trajectoire insensée, Claude Papi catapulta de la tête le ballon dans les filets, dans une ambiance de fin du monde. Au terme d’un total hallucinant de… 18 corners et d’un score cinglant de 5-2, le SECB continuait sa course folle vers une 3e place historique et l’épopée de l’UEFA.

Mais ce soir là, et pour toujours, deux hommes venus du même coin de terre étaient entrés de plain-pied dans la légende du football corse.

Retour au pays et à ses premières amours

Au terme de sa carrière (souvent barré en sélection par le gardien de Saint-Etienne Yvan Curkovic, il ne compta en tout que 18 sélections nationales) «  Panto » décida de se lancer dans les affaires à Paris en ouvrant un café, mais l’expérience fut de courte durée et le retour au pays ne tarda pas.

A partir de 1981 et jusqu’en 1987, il devint l’entraineur général de son club de cœur, le Vojvodina Novi Sad, avant de s’orienter ensuite dans l’encadrement et dans la détection. Lorsque par le hasard des tirages, les routes du Sporting et de Novi Sad se croisèrent, Panto était évidemment au rendez-vous. « Le 5 Août 1998, après avoir sorti Skopje et Izmir lors des premiers tours, nous avons disputé les ½ finales de la Coupe Intertoto. Vainqueurs à l’aller 2-0 à Furiani, nous avons été reçus comme des rois par notre ancien gardien » se souvient le coordinateur sportif du SCB, Jo Bonavita. « Lui et son épouse étaient restés très attachés à la Corse où était née une de leurs deux filles… Dragana. Ils en parlaient souvent comme d’un endroit merveilleux, qui avait vraiment compté pour eux » ajoute Belloni.

Pour la petite histoire, c’est dans une ambiance surchauffée et au terme d’une défaite 0-4 avec à la clé une expulsion de Jurietti à la 54e minute, que le club de Novi Sad poussa le Sporting vers la sortie. Lors des décennies suivantes, Pantelic poursuivit ensuite son labeur et sa passion de découvreur de talent. C’est notamment lui qui découvrit un certain Milos Krasic et tant d’autres joueurs de cette contrée tourmentée d’ex-Yougoslavie.

Adieu « Panto »

Joueur d’exception, d’une élégance et d’un tempérament rares, Ilja Pantelic nous a quittés aujourd’hui, à l’âge de 72 ans. Plusieurs fois capitaine du Sporting dont il a porté le maillot à 129 reprises, il fut à n’en pas douter la première grande star internationale avec Rachid Mekhloufi, à porter les couleurs bleues et blanches.

Parce qu’il a contribué à écrire en lettres d’or l’histoire de ce club centenaire.

Parce qu’il restera à jamais dans les mémoires et dans les cœurs de ceux qui l’ont connu.

Parce que c’est en honorant nos anciens que nous écrivons le présent et que nous bâtirons ensemble l’avenir.

La famille du Sporting tient à présenter à l’ensemble de la famille Pantelic, au club de Novi Sad et à tous ceux qui l’ont aimé et apprécié, ses sincères et amicales condoléances. Notre club fera naturellement fleurir sa tombe lors des funérailles qui auront lieu ce jeudi à partir de 15 heures dans sa ville natale. Une minute de silence sera observée en sa mémoire samedi pour la réception de Lyon à Furiani et nos joueurs porteront un crêpe noir en signe de deuil.

Addiu « Panto », riposa in pace !

U SPORTING CLUB DI BASTIA

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Les personnes qui voudraient envoyer un mot à ses proches peuvent écrire aux adresses suivantes :

* Porodica Pantelic, 21000 Novi Sad, Mihajla Pupina 20 sprat 3 SERBIA

* FK « VOJVODINA » 21000 Novi Sad put 114 SERBIA

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