Modesto a réalisé son rêve d'enfant

François Modesto, qu’est-ce que ça vous fait d’être en conférence de presse pour la dernière fois de votre carrière ?

Comme toutes les fois où je suis venu en conférences de presse (rires) ! Même si c’est mon dernier match, pour l’instant je n’y pense pas trop. Demain, je suppose qu’il y aura beaucoup d’émotion, plus qu’aujourd’hui.

 

Physiquement est-ce que ça va ?

Très bien ! Il n’y a pas de souci de ce côté. J’ai de la chance, je n’ai pas à me plaindre de mon physique.

 

Alors que demain votre carrière va prendre fin, est-ce que vous gardez un souvenir particulier de tous ces matches avec le Sporting ?

J’en ai beaucoup. Celui qui me vient immédiatement c’est mon premier match contre Monaco en 1998. Quand tu as été toute ta vie supporter de ce club, que du jour au lendemain tu te retrouves sur la pelouse et que tu vois ce public, tu te dis que ton rêve d’enfant se réalise. Donc ma première pensée va vers ce match. Je me souviens qu’en face il y a avait une grande équipe qui était championne de France en titre. Il y avait de grands joueurs qui, trois mois plus tard, sont devenus champions du monde pour certains. Nous, on avait une équipe costaud et pleine de cœur. Au final, on a remporté logiquement ce match.

 

À quel moment vous êtes-vous dit que votre carrière était terminée ?

J’y pense depuis le mois de janvier. J’attendais d’être sauvé mathématiquement avec le club pour l’annoncer. Je pense qu’il ne faut jamais faire la saison de trop, même si physiquement je peux accompagner et rester dans le groupe. J’ai fait 20 ans de carrière, j’ai presque toujours été titulaire, donc me retrouver sur le banc ou en dehors du groupe aurait été difficile pour moi. Finir à Bastia était le plus important pour moi et finir en haut était la plus belle image que je voulais laisser. C’est pour ça que je n’ai pas voulu faire la saison de plus.

 

« Beaucoup d’émotions »

 

Y a-t-il des regrets dans votre carrière ?

Bien sûr ! J’ai joué six ans à l’AS Monaco et je n’ai pas réussi à obtenir un titre alors que deux ou trois fois nous ne sommes pas passés loin. J’ai perdu une finale, quatre demi-finales, donc c’est vrai que ce sont des regrets. Ne pas gagner un titre avec Bastia aussi est un regret, mais on se sauve trois ans d’affilé. Pour moi, c’est comme un titre. Faire aussi cette finale au stade de France avec 30 000 corses, c’est comme si on avait gagné.

 

Sur ce second passage au Sporting, que retenez-vous comme souvenir marquant ?

Quand c’est ton club, tu retiens tout. Il y a ce but contre Paris où j’égalise avant la mi-temps. Même si j’ai fait des grands stades où il y avait beaucoup d’ambiance, ce hurlement restera à vie dans ma mémoire, c’était un match de folie. Après il y a eu ce but à Saint-Etienne, à la dernière minute, où je suis trois mètres hors jeu (rires), mais qui nous a fait du bien. Après, il y a le Stade de France, la demi-finale à Monaco. Et puis l’an dernier il y a aussi un moment particulier : je me rappelle qu’à trois journées de la fin, face à Evian à l’extérieur, on était relégables. Avant le but d’Evian, nos supporters sont arrivés, il avait fait de nombreuses heures de but pour venir voir le match, il pleuvait, ils sont rentrés dans le stade et je me suis revu vingt en arrière en faisant les déplacements. Ca, ça m’a donné la force d’aller chercher cette victoire !

 

Avez-vous déjà prévu la fin du match de samedi ?

Non, je n’ai rien prévu. Je pense qu’il y aura beaucoup d’émotion. On m’a demandé si je voulais m’adresser au public. Déjà on va préparer le match. Après je ferai ce qui viendra dans ma tête. Ce sera naturel, comme j’ai fait tout au long de ma carrière. Mais il est clair qu’il y aura beaucoup d’émotion, il y aura ma famille avec moi : mes enfants, ma femme et mes amis proches, et ça sera un moment difficile. C’est quand même ma passion, ma vie et mon métier. Il y a des choses plus graves dans la vie que d’arrêter de jouer au ballon.

 

« Le Sporting restera dans mon cœur »

 

Allez-vous continuer dans le domaine du football en dehors des terrains ?

Oui, c’est ma passion ! Je vais toujours jouer au ballon avec mes amis, faire quelques matches pour rigoler. Du terrain, je repasserai en tribune et je reviendrai à Bastia voir les matches. Je pense rester dans le football et y travailler parce que j’ai beaucoup de connaissances et des clubs m’ont ouvert les portes et je pense retourner dans un de mes deux anciens clubs.

 

Ca ne sera donc pas à Bastia ?

Non ! Mais il n’y a pas de souci. J’entends beaucoup de personnes qui disent « Il arrête, pourquoi on ne lui propose rien ? ». Bastia n’est pas obligé de proposer à tous ses anciens joueurs un rôle dans le staff. Je remercie le club parce qu’il y a 3 ans Frédéric Hantz a tout fait pour me faire venir, et le président a toujours été d’accord. Sans un président qui ne vous veut pas vous ne pouvez pas signer. Il m’a renouvelé chaque année et les dirigeants ont été contents. Des fois j’ai eu des mots un peu durs, je suis comme ça, c’était ma position. Quand je sens le danger, je suis obligé de dire certaines choses et ce n’est pas pour ça que je quitterai mal le club. Ce sont des gens que je connaissais avant le Sporting. C’est un au revoir, c’est comme ça, c’est la vie du football.

 

Il vous reste encore le match de la Squadra Corsa…

C’est vrai, ce sera le 26 mai, contre l’équipe basque. Au fond de moi, demain sera vraiment le dernier match. Le Sporting restera le Sporting dans mon cœur.

 

« Le Sporting a besoin d’une ossature corse »

 

Vous avez réalisé votre rêve, que voudriez-vous dire à ces enfants qui pourraient vous écouter ?

Il faut y croire, travailler, arrêter de se plaindre, de se trouver des excuses. Ils ont de la chance par rapport à notre génération. Le club pousse pour les jeunes corses, il y en a quand même six ou sept dans l’effectif. Ils ont cette chance là, qu’ils ne la laissent pas passer. Le Sporting a besoin de cette ossature corse. À chaque fois que le Sporting était en haut de l’affiche, en 1978, 1981 mais aussi lors de la remontée de 1993, et ces dernières années avec Hantz, il y a toujours eu cette ossature corse.

 

Comment vois-tu le Sporting d’après François Modesto ?

Ce n’est pas parce qu’un joueur arrête que le Sporting va mourir. Il y a eu des Charles Orlanducci, des Paul Marchioni qui ont arrêté, qui ont fait de plus grandes épopées que moi au club et le Sporting a toujours été vivant. Il va falloir structurer le club, je pense que dans les années à venir on va le faire. On dit toujours que le Sporting est éternel, mais à un moment donné il va falloir construire pour rester durablement en Ligue 1 parce qu’on s’aperçoit que le foot a énormément changé et c’est presque un miracle de se maintenir chaque année. Financièrement, ce n’est pas évident pour un club comme le nôtre donc il va falloir mettre les bases pour rester très longtemps en Ligue 1, parce que plus ça va aller, plus ça va être compliqué pour les petits clubs.

 

Votre dernier maillot du Sporting sera noir…

Ce soir du 5 mai 92 restera à jamais gravé en moi. Ca fait 24 ans que j’y pense. C’est difficile parce que j’étais au stade ce jour-là. On était parti de Lupinu à pied, à 13h30 on était au stade. Mon frère m’avait vu monter dans la tribune Nord et il m’a fait descendre pour aller en Est. Ce n’est pas un bon souvenir… Il ne faut jamais oublier ça, j’espère qu’au-delà de mes adieux, les gens viennent au stade pour rendre hommage à tous les morts de cette catastrophe. C’est un devoir. Je suis content que le président de la FFF et le secrétaire d’Etat aux Sports soient venus, au moins des gens n’ont pas oublié.

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