Hantz l'homme du renouveau

Fradéric Hantz ne le cache pas, la Corse était un peu l'île de la dernière chance pour lui, après une année sans football et deux expériences malheureuses. Un défi à handicaps, puisque le club était alors sous assistance respiratoire, même pas sûr de repartir en National. Un an plus tard, les insulaires réalisent un début de saison meilleur que prévu en L2 et leur entraîneur est bien parti pour revenir à la mode. Il explique de l'intérieur les raisons de cette double métamorphose. Retrouvez l'interview réalisée ce mardi par France Football.

"Vendredi soir, pour la venue de Clermont, Furiani était rempli à ras bord pour la deuxième fois en autant de soirs de championnat. Au-delà du bon début de saison de votre équipe, n'est-ce pas là votre plus grande réussite ?
C'est un élément important, quelque chose de prenant, qui touche tout le monde au club. On sent un renouveau évident au Sporting, et ça se concrétise par le retour des supporters à Furiani. Le phénomène a débuté la saison dernière, avec 4000 personnes à chaque match à domicile, en National, ce qui était déjà très bien. Mais aujourd'hui, cela n'a plus rien à voir. Les frissons ne sont pas les mêmes. C'est beaucoup plus fort.

Avez-vous été surpris par un tel engouement, même en National ?
Ce qui frappe, avant tout, c'est l'implication des gens. J'ai un peu bourlingué, je n'ai jamais vu ça. Le Sporting appartient aux Bastiais, et même aux Corses, au plus profond d'eux-mêmes. A la boulangerie, en allant boire un café... partout, on ne me parle que du Sporting. Ca dépasse le cadre du foot. Soutenir le club, c'est une revendication, une fierté par rapport au continent.

Et vous, êtes-vous particulièrement fier d'être entraîneur de Bastia ?
Je l'ai toujours été des clubs que j'ai entraînés. Mais entraîner Bastia, ce n'est pas n'importe quoi, c'est vrai. On me rappelle tous les jours à quel point c'est une responsabilité. Ici, il y a un vrai respect par rapport à la fonction, ce que l'on ne ressent pas toujours ailleurs. A Bastia, le coach, c'est le coach. C'est quelqu'un. Quand les gens sentent que vous venez pour travailler, pour vous impliquer, ils sont très respectueux. Ils ont besoin de sincérité, d'engagement.

La réussite de l'équipe ne doit quand même pas être étrangère à cet état de grâce...
Quand on analyse les résultats, on accorde trop d'importance au terrain, pas assez au reste. Avec le temps, je me suis aperçu que la réussite d'un entraîneur vient d'un contexte, d'une dynamique. C'est un ensemble. Il faut que chacun ait confiance en l'autre, que le président comprenne les problèmes de l'entraîneur, que l'entraîneur soit attentif envers les joueurs, qu'il communique avec les supporters. Les résultats d'une équipe, c'est tout sauf jouer en 4-4-2 ou en 4-3-3. Ca part du jardinier, de la secrétaire, de tous les gens autour de l'équipe.

Ce n'est quand même pas le jardinier qui marque les buts...
(Il sourit.) En bout de chaîne, il y a l'entraînement, la qualité des matches, bien sûr. Mais le foot, c'est avant tout une aventure humaine. Cette envie de se dépouiller pour l'autre, elle est fondamentale car elle pousse à l'excellence. C'était essentiel de mettre cette dynamique en place en se basant sur la sincérité et le respect, surtout vu la situation dans laquelle était le club.

Justement, compte tenu du marasme à l'époque, n'avez-vous pas eu envie de prendre vos jambes à votre cou ?
Fin juillet, à une semaine du début du National, on était encore relégués (par la DNCG). J'avais prévenu les dirigeants que si le club repartait en CFA, je ne resterais pas car je n'aurais servi à rien. Mais à partir du moment où j'ai décidé de venir, je me suis dit qu'il fallait travailler et prier ! Je suis persuadé que notre réussite actuelle est liée à cette descente et à cette peur que le Sporting disparaisse. On est encore là-dessus.

Franchement, pensiez-vous que le club se redresserait si vite ?
Honnêtement... non ! Etre champion de National, puis sur le podium de L2 un an plus tard, connaître une telle accélération, je ne m'y attendais pas du tout. On partait de tellement loin !

Attendiez-vous vos joueurs à un tel niveau ?
Cette équipe me surprend encore, je l'avoue. Dans la qualité de jeu, dans la constance. On a quand même beaucoup de jeunes, de joueurs qui ne connaissent pas le niveau. C'est pour cela qu'on a recruté des joueurs expérimentés.

Il paraît que vous êtes agréablement surpris par Jérôme Rothen...
On peut dire ça. Je n'avais pas d'a priori, mais, athlétiquement, il m'a bluffé ! D'entrée, il a été parmi les meilleurs aux tests physiques. Il démontre à chaque instant qu'il a envie de jouer. Là, il était blessé, il piaffait d'impatience de revenir. Il est comme un enfant.

Et Maoulida ?
J'avais son nom dans un coin de ma tête depuis un moment, car je savais qu'il n'allait pas rester chez les Sang et Or. Mais je n'avais pas bougé car il n'était pas prêt à venir, il attendait un club de Ligue 1. Et puis, au bout de plusieurs semaines, j'ai senti que c'était le moment et je l'ai contacté. Je lui ai dis qu'il fallait qu'il vienne avec l'envie de connaître autre chose, de s'investir. Et c'est ce qu'il a fait ! Il est content d'être ici.

N'y a t-il pas un risque que le grand public se focalise sur ces deux joueurs et pas sur les autres ?
Mais c'est fait exprès ! Ils captent l'attention des médias, ce qui enlève le poids sur les épaules de certains. Ca fait partie de la stratégie.

Avec le risque de lasser certains coéquipiers, à terme...
Ils sont tous très fiers de côtoyer des joueurs comme ça. Il n'y a pas de jalousie.

Pour un promu comme Bastia, récupérer Jérôme Rothen et Toifilou Maoulida, c'est inespéré. Comment avez-vous fait ?
C'est sûr que ce n'est pas pour des raisons financières qu'ils sont venus ! D'autres clubs pouvaient leur offrir bien plus. Mais, même si on est qu'un promu, Bastia reste attractif par rapport à son histoire et son côté passionnel. Et à son cadre de vie, aussi, il ne faut pas le nier.

Ca peut-être un piège...
C'est dangereux, c'est vrai. Ici, il a la plage, le soleil, de jolis bars, de jolies filles... C'est tentant. Mais Bastia, c'est tout petit. Tout se sait. Les joueurs ont conscience qu'ils ne peuvent pas déconner. C'est pour cela que, par le passé, beaucoup de gens ont été durs envers certains. Parce qu'ils acceptent encore moins qu'ailleurs que les joueurs trahissent leur club et leur métier. On a parfois parlé en mal des supporters bastiais, mais si le mec ne triche pas, qu'il mouille le maillot, ils le soutiendront toujours.

Si on a parfois parlé en mal des supporters bastiais, c'est peut-être aussi parce qu'ils ont abusé, non ? Et pas plus tard que récemment...
Il y a eu un effet de dramatisation. Les gens ne connaissent pas la Corse, et, rapidement, on en fait des tonnes et des tonnes sur des incidents qui font seulement quelques lignes ailleurs. Le bus de St Etienne a été par exemple caillassé à Marseille sans que cela fasse autant de bruit... Après Le Mans, l'info principale, c'est que c'était extra d'être premier pour un promu comme Bastia. Au lieu de ça, les médias n'ont parlé que des incidents. C'est très frustrant pour un entraîneur.

Et les cailloux sur le bus d'Istres, ce ne sont quand même pas les médias qui les ont lancés...
Il y a eu des excès, et il y a des instances pour les condamner. Moi, je ne suis ni préfet de police ni préposé à la sécurité du Sporting. Dans mon cadre, je prône l'exemplarité. Par exemple, pour avoir été expulsé après les provocations d'Ouali (le milieu du Mans), Cahuzac (le capitaine bastiais) a été sanctionné financièrement. On souhaite donner une bonne image du club, avancer dignement, et s'il faut faire la police chez nous, on la fera. Mais je refuse qu'on dise que, parmi les 12000 personnes qui viennent à Furiani, il y a 12000 fous. Ce n'est pas vrai, et c'est injuste.

Il n'est pas question de dire ça. Juste qu'il y a une poignée d'imbéciles qui souillent parfois l'image du club et de ses supporters...
On est sur une terre de passions, alors, parfois, il y a des excès. C'est pour cela qu'on souhaite moderniser le club, tout en gardant ses valeurs, mais sans débordement. Il faut entretenir cette flamme-là. Je sais où je suis, dans un club où l'exaltation est permanente. Mon rôle, c'est aussi d'être mesuré pour être un contrepoids à cette incandescence. Je veux rester lucide et pondéré. Même si, ici, ce n'est pas toujours facille..."

Source : France Football

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